Comment mon nouveau garagiste a déjà changé mon année 2020.

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Copyright Kevin Bidwell (Pexels)

Cette histoire est banale, je préfère être transparent avec vous. Le point de départ, c’est ma volonté d’arrêter de dépenser autant d’argent chez mon concessionnaire (de marque allemande), ma voiture n’étant de toute manière plus garantie. Alors oui, le bilan C02 de cette histoire aurait pu être meilleur, mais passons. Ma belle-mère m’a proposé d’aller voir le garagiste du bas de sa rue, « pas trop cher, doué et super sympathique ». Du coup je fonce, je l’appelle, je lui explique les problèmes rencontrés, que le devis de mon concessionnaire est très élevé. Il me propose de passer chez moi pour regarder. Déjà, qui fait ça en 2019 ? Prendre de son temps pour venir faire un diagnostic personnalisé du véhicule concerné, à domicile, sans m’extorquer de l’argent de prime abord.

Bref, il me propose de passer le samedi (dernier) dans la journée. Finalement il m’appelle à 16h, m’expliquant que le déménagement de son père traîne un peu, mais qu’il passera bien aujourd’hui. Coup de fil à 20h30 alors que j’avais un peu oublié l’histoire : il arrive dans 15 minutes.

Je descends, et je trouve en bas de chez moi un monsieur dégarni de petite taille, l’air sympathique, avec un petit quelque chose à mi-chemin entre la timidité et la pudeur. Nous marchons jusqu’à ma voiture garée plus loin. Je le questionne sur ses enfants, il me parle de son fils qui bosse dans l’informatique, et entame son diagnostic du véhicule. Il sort son téléphone à clapet pour photographier la pièce concernée, la qualité des photos très limitée l’obligeant à noter les différentes références dans un texto avec ses gros doigts. Il m’explique en détail ce qu’il prévoit de faire pour limiter le devis, tout en pensant malgré tout à la santé de mon véhicule à long terme. Il me dit qu’il aura besoin de la voiture une journée pour effectuer les réparations, tout s’annonce très bien jusque-là. Il me donne le prix d’achat des pièces. La transparence est totale, car ma méfiance usuelle m’a incité a vérifier au préalable le prix approximatif des pièces sur un site spécialisé, étant habitué à me faire avoir dès qu’il s’agit de mécanique.

Alors me direz-vous, à juste titre : « Mon vieux, tu es bien gentil mais on s’en cogne de ton histoire. J’ai un épisode de Platane à regarder moi. » (Important de promouvoir les séries françaises, ndlr).

Trois raisons pour lesquelles cette expérience a été une sorte de révélation.

  1. Le garagiste a beau réparer les voitures dans sa descente de garage, il m’a proposé la meilleure expérience client que j’ai vécue en tant que propriétaire de véhicules à 2 et 4 roues. Nous avons beau vivre l’ère du customer centric, mais les expériences client en garage sont bien souvent ratées : illusion du service premium, prix exorbitants, peu de personnalisation au final, manque d’alternatives proposées pour les bourses plus réduites, forfaits entretien souvent peu avantageux, pas de prêt gratuit de véhicules (les experts pourront en déduire de quelle marque je parle…), j’en passe et des pas mûres.
  2. Quand j’ai vu ce monsieur à genoux sur le trottoir humide, inspectant la panne en question, avec son téléphone à clapet, souriant à 20h30 un samedi soir comme s’il était 9h30 un dimanche de beau temps passé en famille, j’ai réalisé la chose suivante : pour lui, être présent en ce lieu et heure était notamment lié au fait qu’effectuer ces réparations, qui me coûteront pourtant 2 fois moins chères qu’en concession, allait calmer mon inquiétude et régler mon problème, bien au-delà de l’opportunité commerciale que son intervention représentait. Pendant tous nos échanges, j’ai été le seul à parler d’argent, comme un gros lourdaud finalement. Lui, à ce moment précis, souhaitait avant tout m’aider, j’en suis convaincu. Je ne vous ferai pas l’affront de vous expliquer où je veux en venir, vous, professionnels de la vente et du marketing…
  3. Pourquoi le constat suivant m’a sauté aux yeux seulement maintenant, je ne suis pas en mesure de l’expliquer. Je me targue depuis toujours d’avoir la valeur de l’argent, sous l’approximatif prétexte que je suis petit fils d’agriculteur et que j’ai commencé à bosser jeune sans demander mon reste, comme tous les jeunes le font là d’où je viens. Pendant notre discussion informelle, le garagiste m’expliquait être content d’avoir récupéré pour son usage personnel à la casse du coin des plaquettes d’origine pour sa Lancia, à 50 euros moins cher que dans le commerce. Quant à moi, par sentiment de pseudo « manque de temps », j’avais initialement en tête de valider et payer le devis exorbitant de mon concessionnaire. Parce que j’ai les moyens dans le fond, pourquoi se prendre la tête... Donc non Aurélien, tu n’as pas la valeur de l’argent. Pas du tout. Tout l’inverse à vrai dire. Comme beaucoup de cadres dynamiques, peut-être souhaites-tu plus ou moins consciemment voir évoluer tes revenus pour avoir à en faire de moins en moins toi-même. Et si tu apprenais à changer une batterie de voiture plutôt que de te mettre la pression sur ton niveau de rémunération ? Ou quelque chose à mi-chemin éventuellement ?
  4. Pour digresser un peu, et pour enfoncer une porte déjà bien ouverte au cours de récentes interventions publiques : il faut rapidement, dans l’intérêt de tous, que nous cessions d’opposer professions intellectuelles et manuelles. Le responsable de la communication des usines Peugeot à Sochaux (500.000 véhicules produits par an) expliquait, dans une vidéo tournée pendant le French Fab Tour, entendre à tous les coins de rue des phrases comme « si tu ne travailles pas à l’école tu finiras chez Peugeot. » Notre société, et plus ambitieusement la pensée commune doit récompenser et reconnaître le niveau d’excellence d’un professionnel, au-delà de son secteur activité. Quand il jouait trop peu dans son club Monaco car considéré trop jeune, Kylian Mbappé déclarait « Ne me parlez pas d’âge, parlez-moi de niveau de jeu. » Et bien ne parlez plus à nos jeunes du potentiel des filières techniques versus générales, parlez leur de développer une forme avancée d’excellence dans leur(s) activité(s) professionnelle(s). Aussi, pourquoi mon petit cousin tourneur fraiseur dans le Maine-et-Loire ne pourrait-il pas être un expert en histoire de l’Art et professeur de méditation bouddhiste, passions et connaissances qu’il aurait développées sur son temps libre grâce à Internet notamment ? Et mieux : peut-être même aimerait-il son métier, puisqu’il représente bien plus pour lui qu’un métier manuel avilissant ! Mon garagiste est-il simplement garagiste parce qu’il n’a pas eu l’opportunité de mener une carrière dans l’innovation spatiale ? Uniquement par défaut, donc ? Peut-être qu’un jour j’oserai lui demander, après tout. Et peut-être qu’il invalidera en un instant mes belles paroles, m’expliquant qu’il n’en peut plus de ce travail qu’on lui a imposé de faire, qu’il attend la retraite (lol) avec impatience et qu’il était juste de bonne humeur le samedi soir où il a déboulé chez moi pour diagnostiquer mon véhicule, car en règle générale, ses clients le saoulent un peu.

Quoi qu’il en soit, je remercie cet homme de m’avoir mis une gifle dans la plus douce des simplicités. Je vais essayer de me rappeler du sentiment que j’ai eu quand tout cela m’a traversé la tête, et mieux, agir en fonction. Le plus important pour moi, c’est que 2020 présage chez moi une évolution progressive vers des modes de pensée plus responsables.

À tous (sans exception) je souhaite une année 2020 chargée d’un maximum d’empathie, de dopamine, de sens trouvé, de santé inconditionnelle et de sérénité. Et la Ligue des Champions pour le PSG.

Digital evangelist, slasher. Sharing insights into industry, tech. Proud ambassador of Dassault Systèmes’ virtual universes. Speaker, blogger, amator podcaster.

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